
Un parc éolien près des plages du débarquement
Notice de Léa FERT

Les plages d’Arromanches et de Courseulles-sur-Mer ont été témoins (comme beaucoup de plages en Normandie) du débarquement de 1944. Arromanches a aussi été un lieu très important avec le port artificiel Winston Churchill, le port est constitué de routes flottantes et de plates-formes de déchargement qui montent et descendent avec la marée. Ce port permettait de décharger les marchandises plus rapidement.
Aujourd’hui, les habitants se sont réapproprié ces plages et certaines villes ont construit des musées comme à Arromanches avec le musée du débarquement et le cinéma à 360° (cinéma circulaire qui nous plonge au cœur de la Bataille de Normandie).
Cependant un nouveau projet fait débat au cœur de la ville d’Arromanches, la construction d’un parc éolien à 10km des côtes. Ce projet arrive au même moment que le classement des plages au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les habitants sont donc partagés car ils ont peur que ce parc éolien bafoue la mémoire des soldats et mette en péril le classement à l’UNESCO, c’est ce que nous allons découvrir au cours de cet article.
En quoi consiste le projet ?
Le 25 janvier 2011, Nicolas Sarkozy a annoncé l’implantation de plusieurs parcs éoliens situés sur la façade Atlantique et la Manche. C’est en 2012 que le choix des implantations exactes va être dévoilé. Le parc de 75 éoliennes sera donc situé en face des plages du débarquement entre Arromanches et Courseulles-sur-mer.
Installé à 10km au large des côtes d’Arromanches et Courseulles-sur-mer, ce parc sera d’une puissance de 450 MG watts et sur une zone de 50km². L’implantation a été étudiée pour réduire la surface de la zone et les interférences avec les activités maritimes. Le projet se situe à l’écart des zones de pêches et de deux zones Natura 2000 (programme qui permet de sauvegarder des sites naturels ayant une grande valeur patrimoniale). Les constructeurs ont fait le choix de construire des éoliennes plus performantes que celles déjà installées en France, pour en réduire le nombre. À la suite d’une étude les éoliennes vont être alignées selon le courant marin pour limiter l’impact sur les activités de pêches et l’effet visuel a été réduit notamment depuis les plages du débarquement et le site classé du port Winston Churchill d’Arromanches.
En effet, l’un des critères importants du projet est l’impact visuel, depuis la côte les éoliennes seront peu visibles afin de respecter les lieux historiques des plages du débarquement qui sont aujourd’hui des lieux de mémoire et de recueillement pour les familles.
Malgré le fait que ce projet pose quelques problèmes (l’impression de bafouer la mémoire des lieux pour certains et la possibilité qu’il nuise au classement des plages du débarquement au patrimoine de l’UNESCO), ce projet est une opportunité pour la région en termes d’emploi, de savoir-faire et d’industrie. Pour se faire un travail a été fait pour que ce parc soit respectueux de l’environnement, de la pêche et du patrimoine et que tous ces domaines se combinent parfaitement.
Le classement des plages du débarquement à l’UNESCO.
Si un pays souhaite inscrire un lieu à l’UNESCO, il faut en préalable qu’il l’inscrive à la liste indicative nationale, c’est la première étape d’un long processus. Pour les plages du débarquement cela a été fait en avril 2014. Ensuite, il faut élaborer le dossier de proposition d’inscription. Le gouvernement décidera alors, parmi tous les dossiers proposés lequel il souhaite présenter au Comité du Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Pour finir, l’évaluation des dossiers de candidatures sont réalisés par une instance consultative qui étudie les dossiers pendant 18 mois et rend son avis ensuite. Les dossiers sont finalement présentés devant le Comité du Patrimoine mondial, composé des représentants de 21 Etats, qui décide ou non l’inscription d’un site à l’UNESCO.
Plusieurs auditions ont été réalisées par le Comité pour suivre l’état d’avancement du dossier :
- La première audition a eu lieu en avril 2015. Par la suite, un Conseil scientifique international et multidisciplinaire a été mis en place pour renforcer l’argumentaire technique du dossier de candidature.
- La seconde devant le Comité National des biens français au patrimoine mondial a eu lieu jeudi 19 avril 2016. La Région Normandie, qui porte le projet, y a présenté la définition du bien « Les Plages du Débarquement, Normandie – 1944 » et la proposition de périmètre.
- La troisième et dernière audition a eu lieu le 27 avril 2017. Elle portait sur la présentation du plan de gestion du bien. Cette audition a permis d’aborder plusieurs thèmes tels que : la gouvernance du bien, le plan de préservation du paysage et du patrimoine naturel, le plan de conservation du patrimoine historique et culturel, le plan de valorisation patrimoniale et de médiation culturelle et pour finir le plan de gestion touristique
Cependant, le Comité National des biens Français a mis en avant le fait que les lieux sont bien différents de l’endroit où a eu lieu le débarquement donc il a fallu repenser le projet. Il a donc été décidé de classer seulement les fonds marins où se trouve beaucoup de matériels (bateaux, matériels de combats…) et qui a été un lieu fondamental à ce moment de l’Histoire.
Quand les habitants se rallient autour d’un lieu et d’un paysage qui leur tient à cœur.
Afin de mettre en place le projet du parc éolien, dès 2013 plusieurs réunions publiques ont eu lieu avec les habitants pour connaitre leurs avis. Les habitants se sont alors divisés en deux. D’un côté les personnes favorables au projet et de l’autre côté les habitants qui sont tout à fait défavorables pour des causes que nous allons voir ensuite.
Ces réunions rassemblent des habitants mais aussi des familles d’anciens combattants. Les opposants ne souhaitent pas voir ce projet naitre car selon eux cela serait bafouer la mémoire de tous ces soldats qui ont péris pour sauver la France. Gisèle Forknall, veuve d’un ancien combattant venu du sud de la France, dit à ce sujet, qu’elle est favorable aux éoliennes mais pas dans ce lieu où « trop de sang a été versé ».
Pour William Jordan, guide britannique des plages du Débarquement depuis 23 ans, il faut laisser l’horizon dégager pour que l’on puisse imaginer, sans artifices, ce qui s’est passé sur ces plages, il y a quelques années. Cependant comme nous le verrons dans la prochaine partie ces éoliennes seront assez peu visibles des plages.
Néanmoins tous ne sont pas réticents au projet si les éoliennes ne sont pas sur la plage. C’est le cas de plusieurs anciens combattants qui sont partagés sur le sujet.
Anne d’Ornano, ancienne présidente DVD du Conseil Général de 1991 à 2011, a rencontré des vétérans canadiens lors des commémorations du 69e anniversaire du Débarquement le 6 juin 2013. Ceux-ci se disent favorable au projet car « Ils croient en l’avenir. Ils ont des éoliennes en mer chez eux. Ils pensent aux enfants. Leur souhait est qu’il y ait une trace dans cette ferme éolienne, peut-être une marque de leur régiment, quelque chose qui leur rende hommage ». Selon ces vétérans, le projet est donc tout à fait compatible avec le devoir de mémoire. Ce sentiment est également partagé par des vétérans anglais.
Pour certains le parc éolien ne changera rien car les lieux ont déjà bien changé par rapport à ce qu’ils ont connu. Christophe Collet, président d’une association de promotion du devoir de mémoire auprès des jeunes Canadiens, dit à sujet : « Il y a deux ans, j’ai rencontré un vétéran. Il s’est tourné vers l’intérieur des terres et il m’a dit : Ce n’est pas ma plage. Quand j’ai débarqué, il n’y avait pas ces bâtiments. Des amis sont morts sous ces bâtiments. Pour autant, le débat n’a jamais été ouvert sur l’utilité des marinas ». M Collet a ajouté que « pour eux le devoir de mémoire est dans le cœur ». Les avis sont donc très partagés sur le sujet et plusieurs manifestations ont eu lieu en 2013 et 2017, bien que le projet soit sur le point de se concrétiser.
Qu’en est-il du projet aujourd’hui ?

Malgré les manifestations et plusieurs recours en justice d’associations, le projet éolien n’est pas compromis. L’ancien président de la région Basse-Normandie, Laurent Beauvais, se disait (en 2013) tout à fait favorable à ce projet de parc éolien. Pour lui, il est tout à fait compatible avec le devoir de mémoire et ne compromet en rien le fait d’inscrire les plages du débarquement à l’UNESCO (depuis le projet de classement a bien été modifié pour classer les fonds marins).
Malgré plusieurs recours contre le parc éolien auprès de la cour administrative d’appel de Nantes, le projet est aux dernières nouvelles maintenues.
Un site a été créé pour montrer aux habitants de Arromanches, ce que donnera la vue du parc éolien depuis la côte. Afin de convaincre les personnes réticentes au projet que les éoliennes seront peu visibles de la côte et ne seront pas à proximité de la plage.
Léa FERT (2018)
Pour aller plus loin
3http://parc-eolien-en-mer-du-calvados.fr/webcalvados/carte.html
Pétition de mars 2017 https://www.ouest-france.fr/normandie/bayeux-14400/une-petition-en-ligne-contre-les-eoliennes-d-arromanches-4871988
http://parc-eolien-en-mer-du-calvados.fr/webcalvados/14.html