Le Chambon sur Lignon

Notice de Manon PICQUART

Le Chambon-sur-Lignon est une commune de Haute Loire, située sur le plateau du Vivarais-Lignon, à 1000m d’altitude.

Dans le massif central, il représente le début des Cévennes. Le plateau du Chambon-sur-Lignon est aujourd’hui reconnu pour sa résistance civile et l’aide apportée aux réfugiés durant la seconde guerre mondiale.

La commune du Chambon-sur-Lignon ouvre en 2013 un lieu de mémoire, afin de commémorer l’histoire des Justes et de la résistance en France, et mettre an valeur l’histoire du plateau lors de la guerre

Le passé protestant de la commune

Le Chambon sur Lignon est atteint en 1530 par le protestantisme, avec la réforme du XVIe siècle. L’édit de Nantes de 1598 autorise alors la commune à disposer d’un lieu de culte et à construire un temple. Mais sous Louis XIV, les protestants vont subir les dragonnades, persécutions des communautés protestantes. Ce qui entrainera, à la suite de la révocation de l’édit de Nantes en 1685, la fuite de nombre d’entre eux. La commune du Chambon sur Lignon se voit alors interdire son culte et raser son temple. Mais un culte clandestin va s’organiser, grâce à des pasteurs, célébrant un culte « au Désert ». Le plateau du Chambon reste donc une enclave protestante, sur laquelle peuvent compter les communautés huguenotes.

Au XIXe siècle, la religion protestante pouvant s’afficher de nouveau, un temple va être reconstruit au centre du village.

Chambon sur Lignon entre deux guerres

Avant la seconde Guerre mondiale, durant l’entre deux guerre, la région de Chambon sur Lignon va être marqué par un certain dynamisme. Religieux d’abord, avec la cohésion des églises protestantes locales, pour faire face aux conséquences de la grande guerre (perte des hommes, exode rural), même si les darbystes, qui touche toute la région, restent en dehors. Beaucoup adhèrent aussi au christianisme social. Une véritable unité socioreligieuse se met en place dans la montagne, caractérisée par un véritable pacifisme.

On a aussi un renouveau intellectuel et scolaire, avec l’ouverture de l’école nouvelle de Cévenol, en 1938, par le pasteur André Trocmé, toujours dans le but de lutter contre un exode rural. La commune devient aussi un lieu de villégiature pour les touristes fortunés, participant à un dynamisme économique.

La seconde guerre mondiale et la cache des juifs

Durant la seconde guerre mondiale, le Chambon devient un véritable lieu de résistance civile, se définissant par la création de liens entre juifs et non juifs, la mise à l’abri des populations traquées, dans un mouvement d’organisation, par les organisations juives ou non. Le plateau voit arriver plusieurs vagues de réfugiés : espagnols, allemands et autres nationalités antinazis, ou français fuyant la zone occupée. On fuit pour des idées politiques ou pour échapper à l’antisémitisme.

Les évolutions de l’entre deux guerres vont permettre l’accueil de ces populations, avec les équipements développés avec le tourisme, l’école nouvelle cévenole, ainsi que les autres écoles privées et publiques du plateau. Les réfugiés pensent profiter de l’éloignement du plateau, loin des voies majeures de communication. Mais c’est aussi l’esprit de résistance de la région, insufflé par les pasteurs André Trocmé et Edouard Theis, qui participe à rendre possible ce mouvement. En 1940, ils appellent « les chrétiens à résister avec les armes de l’esprit », et aident des œuvres d’assistance à ouvrir des centres d’accueil sur le plateau, qui obtiennent par la suite l’accord de Vichy pour accueillir les internés des camps. Durant les différentes rafles à partir de 1942, les ressortissants des camps d’internement seront cachés, puis éloignés dans les fermes des plateaux, afin que le régime ne les retrouve plus. Les organisations autorisées par le Régime de Vichy, pour l’hébergement des internes, mais aussi pour la mise en sureté des enfants, passent donc dans l’illégalité après 1942, procurant de faux papiers aux réfugiés, et mettant en place des filières clandestines d’acheminement sur le plateau. Novembre 1942, avec l’invasion allemande de la zone libre, pousse les habitants du plateau à pousser plus loin, et à créer des filières pour la fuite des réfugiés, de plus en plus vulnérables, en Suisse. Les habitants jouent aussi un rôle, dans l’hébergement et l’approvisionnement des réfugiés.

Ainsi, si le plateau de Chambon sur Lignon ne fait pas preuve d’une résistance armée, il n’est pas pour autant passif, et met en place une résistance civile locale, permettant la mise en sureté des réfugiés, et influencée par son passé religieux et social. Entre 1940 et 1944, la région va ainsi accueillir des ressortissants de 25 pays, et cacher de nombreuses personnes. Si certains avancent le nombre de 5000 juifs passés par le plateau, il parait néanmoins exagéré et de nouvelles estimations  d’historiens baissent ce chiffre à un millier.

Les Justes de France

La notion de Justes de France, est un emprunt au terme israélien Juste parmi les nations. Ce terme est utilisé depuis 1953 par l’état d’Israël, pour désigner les non-juifs qui ont risqué leur vie pour venir en aide à des juifs lors de la seconde guerre mondiale. L’attribution de ce titre se fait par l’institut étatique Yad Vashem. Une fois reconnus, les justes parmi les nations ont leurs noms gravés sur une stèle du Jardin de l’institut, à Jérusalem.

Cette reconnaissance est individuelle, et peu de français reçoivent ce titre avant les années 1980. En effet, les procédures étant compliquées, il faut attendre la fin des années 1980 pour voir les nominations devenir plus importantes. Si beaucoup de personnages du Plateau du Chambon-sur-Lignon se voient inscrire sur cette liste, les villages et communes du plateau se voient attribuer un diplôme spécial en 1990, reconnaissant l’œuvre collective de tous ses habitants. Il s’agit de la seule collectivité, avec le village néerlandais de Nieuwlande à posséder une stèle sur le site de Yad Vashem.

Chambon sur Lignon face à la polémique

La commune du Chambon-sur-Lignon a créé une polémique cet été, après l’installation sur la N88 en Haute-Loire en direction du Puy-en-Velay, d’un panneau où l’on peut lire « Le Chambon-sur-Lignon, terre de Justes ». Les deux panneaux, un dans chaque sens de circulation, ont couté 30.000 euros à la commune, et fait l’objet de subventions.

Ce panneau a rapidement fait s’élever les voix contre lui, notamment celles des communes voisines présentes sur le plateau du Vivarais-Lignon. En effet, pour celles-ci, il s’agit d’une appropriation de cette histoire collective, une attribution de cette mémoire uniquement sur la commune du Chambon-sur-Lignon. Et l’on sait que si cette commune a tenu un rôle central durant la période de la seconde guerre mondiale, et était au centre du réseau, elle faisait quand même parti d’un territoire mobilisé constitué par l’ensemble du plateau. Pour certains, cette récupération de la mémoire collective est contraire à l’esprit des actes qu’ont fait tous ces citoyens durant la Shoah.

De plus, les détracteurs de cette installation y voient surtout un message réducteur. Le plateau du Vivarais-Lignon a bien été reconnu terre de Justes, pour l’aide qu’il a apporté aux juifs durant la Shoah, mais pas uniquement. Le plateau, dans une culture d’accueil, a aussi bien aidé les républicains espagnols, que les antinazis allemands ou bien polonais, ou les fuyards du STO. L’histoire du site ne se résume pas à l’aide apportée aux juifs. Il tronque la mémoire du territoire, qui se veut résistant civil global, et non uniquement un opposant aux mesures anti-juives.

Ce qui gène aussi les opposants à ce panneaux, c’est qu’en plus d’une récupération historique, il s’agirait de la faire à des fins touristiques. Le lieu de mémoire déjà présent dans la commune n’avait pas été remis en question par els communes voisines, mais le panneau pourrait vouloir susciter la venue des visiteurs.

Les élus du Chambon-sur-Lignon ont rapidement réagi, en se défendant de la vocation touristique du panneau. Il s’agit pour la commune de mettre en avant son passé, et cela sans ternir celui des communes voisines. Denis Vallat, adjointe à la culture déclare : «  Nous avons écrit Terre de Justes et pas Terre des Justes, pour montrer que c’est une terre parmi les autres. ». Quand au président de la communauté de communes du Haut-Lignon, Julien Melin, il ne voit pas l’objet de cette polémique, d’autres dossiers étant bien plus importants.

Ce panneau crée donc un malaise sur le plateau du Vivarais-Lignon, et les communes de celui-ci sa sentent lésées et exclues de leur passé. Cette polémique, qui n’est que locale, a néanmoins été reprise à une autre échelle, avec un enjeu plus politique. En effet, la maire du Chambon-sur-Lignon, Eliane Wauquiez-Motte, n’est autre que la mère de Laurent Wauquiez, dont les décisions envers les migrants sont vivement critiquées. Le passé historique de la commune de sa mère est donc mis en relation avec les agissements actuels du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, dans une récupération politique.

Manon PICQUART (2018)

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