
Les frises du Parthénon
Notice d’Aurélie CARTON
Lieu emblématique de la Grèce, l’Acropole est considéré comme étant le berceau de la civilisation et comme l’emblème de notre démocratie. Elle est d’ailleurs classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987. Mais depuis plusieurs années, elle fait l’objet d’un conflit important opposant la Grèce et le Royaume-Uni. Le British Museum est en possession d’une grande partie des œuvres qui décoraient l’Acropole, et plus particulièrement de la frise monumentale qui ornait le Parthénon. La Grèce se bat pour le retour de ces marbres à Athènes, mais se heurte à un refus catégorique du British Museum qui est attaché à les conserver dans son musée, quitte à s’opposer aux grandes instances internationales.

Pourquoi les marbres du Parthénon sont-ils actuellement au British Museum ?
Construit au IIIe siècle avant notre ère, le Parthénon est situé sur l’Acropole, et fait partie d’un vaste sanctuaire monumental dédié à la déesse de la cité, Athéna. Richement décoré, il abritait une frise monumentale qui représentait la procession des Panathénées et abritait le trésor de la cité d’Athènes. Mais au début du XIXe siècle, l’Acropole fut l’objet d’une vaste opération de pillage organisée par l’ambassadeur anglais Lord Elgin.

Thomas Bruce, Lord Elgin, obtint en 1801 l’autorisation de l’Empire Ottoman, qui occupait alors la Grèce, de récupérer toute sculpture ou bloc non inclus dans les fortifications de la célèbre colline. Lord Elgin pilla presque 50% des ornements de l’Acropole (12 statues, 156 dalles de la frise, 15 métopes, la frise du temple d’Athéna Niké, 1 cariatide). A son retour à Londres, Lord Elgin fit face à des problèmes financiers qui le contraignirent à vendre ses œuvres au British Museum, par une loi votée au Parlement le 11 juillet 1816.
« L’éternel combat » de la Grèce pour la restitution des frises du Parthénon…
Depuis son indépendance acquise en 1830, la Grèce a demandé, à maintes reprises, au Royaume-Uni le rapatriement des marbres du Parthénon. Pour les Grecs, ces marbres sont un emblème national, symbolisant l’identité culturelle du pays. Mais elle fut toujours confrontée au refus du Royaume-Uni, qui s’appuyait sur des arguments qui paraissent aujourd’hui peu recevables. Ces derniers ne voulaient pas rendre les marbres aux Grecs car ils les estimaient incapables de les conserver correctement et qu’ils ne possédaient pas de lieu approprié pour les exposer. Or, depuis 2009, un musée de l’Acropole a fait son apparition rendant obsolète le plaidoyer anglais. Ce musée ultra-moderne fut construit pour offrir une vue continue sur l’Acropole, et surtout pour pouvoir accueillir la frise du Parthénon dans une salle spécialement dédié à cet effet. Pour les Britanniques, le British Museum permet de réunit un public plus large donnant une plus grande notoriété à ces œuvres. Mais ces dernières années, Athènes est en phase de devenir une capitale culturelle incontournable.
La récupération des marbres du Parthénon est devenue un combat culturel important pour les Grecs. C’est en 1983, sous l’impulsion de Mélina Mercouri, que l’affaire pris une dimension officielle et internationale. Actrice grecque et ministre de la Culture en Grèce de 1981 à 1989, puis de 1993 à 1994, Mélina Mercouri demanda officiellement le rapatriement des marbres du Parthénon au gouvernement britannique en 1983. Elle multiplia les campagnes pour la restitution des marbres, en évoquant par exemple la nullité de la vente car l’administration ottomane en tant que puissance « occupante » n’était pas habilitée à céder les éléments du patrimoine hellénique. Le Royaume-Uni quant à lui, évoque le fait que la frise ne relève pas des biens nationaux grecs, mais du patrimoine universel de l’humanité. Afin de faire reconnaître cette affaire, la Grèce déposa un recours devant l’Unesco grâce à la Convention de 1970 concernant la protection des biens culturels. Mais ce n’est qu’en 1987 que la résolution concernant le « retour ou restitution de biens culturels à leur pays d’origine est adoptée par l’Unesco.

En 2013, l’Unesco prit part à ce conflit, en prenant le parti de la Grèce et demanda le retour des frises du Parthénon au Royaume-Uni afin de rapatrier ce trésor emblématique de l’art hellénique. Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, engagea dès lors un processus de médiation avec Marie Miller, ministre de la culture britannique et Robert Neil McGregor, directeur au British Museum afin de trouver un terrain d’entente entre les deux parties. Le British Museum était prêt à faire un prêt à la Grèce pour les marbres, mais la Grèce voulait à tout prix en obtenir sa véritable possession. Mais malgré tous ces efforts, le Royaume-Uni rejette la médiation de l’Unesco en 2015.
La Grèce préféra mener plusieurs tentatives par la voie diplomatique plutôt que par les tribunaux (car la crise de la dette a fortement affaibli le pays), en proposant notamment des techniques de marchandages (proposition au British Museum de donner d’autres œuvres, ouvrir une annexe du British Museum à Athènes,…). Pour mener à bien cette campagne, la Grèce s’adjoignit les services de l’avocat britannique Amal Alamuddin Clooney et de son cabinet, afin d’examiner les réclamations possibles pour le retour des frises à Athènes. Par ailleurs, la Grèce et l’Unesco peuvent compter sur des soutiens de poids, avec l’intervention de célébrités telles que Liam Neeson ou encore Georges Clooney qui demandent au Royaume-Uni de rendre les marbres d’Elgin à la Grèce. Des groupes de soutiens sont également apparus un peu partout en Europe, comme le « Comité suisse pour le retour des marbres du Parthénon » qui a pour objectif de sensibiliser l’opinion publique sur cette question. Même une grande partie des britanniques étaient favorables à une restitution des marbres.
Malgré tout, les relations entre les deux états restent tendues, notamment suite à l’affaire du prêt d’un des marbres du Parthénon par le British Museum, la sculpture du dieu Ilossos, au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. En représailles à cet acte, la Grèce refusa de prêter une œuvre pour une grosse exposition organisée par le British Museum.
… vers une résolution du problème ?
Malgré le refus du British Museum de rendre les marbres du Parthénon à la Grèce, il faut tout de même relever que certains députés britanniques ont envisagé le retour des frises dans leur pays d’origine. C’est le cas du député Andrew George en 2011, qui envisagea cette option afin d’aider la Grèce dans sa crise financière. En 2016, le député Mark Williams qui déposa, le jour anniversaire de la récupération des marbres par le British Museum 200 ans plus tôt, une loi visant à « prendre des mesures pour le transfert de propriété et le retour à la Grèce des frises du Parthénon ».
La restitution des frises du Parthénon est un conflit de mémoire toujours d’actualité, la Grèce étant prête à faire appel à l’aide internationale des Nations Unies afin d’aboutir à la restitution des frises du Parthénon même si le chemin reste encore long à parcourir.
Ce conflit nous montre l’attachement des Grecs à la récupération d’un symbole de leur civilisation et leur histoire. Mais ce conflit soulève une polémique bien plus grande, les œuvres d’art doivent-elles être rendues à leur pays d’origine ? Si les marbres étaient rendus à la Grèce, les grands musées occidentaux se verraient contraints de restituer leurs œuvres issues de collections coloniales. Plusieurs Etats ont déjà été contraints de rendre des pièces de leurs collections (20 têtes maories momifiées rendues par la France à la Nouvelle-Zélande en 2012, le Getty Museum de Los Angeles a également restitué 3 fragments de marbres à Athènes en 2012,…). Ce débat sur les demandes de restitution d’objets et d’œuvres est donc bien d’actualité à une époque où chaque pays cherche à renforcer son identité culturelle, mais semble être un sujet encore trop sensible.
Aurélie CARTRON (2018)