Le Puy du Fou, Le piège du débat de la mémoire vendéenne

Notice de Simon CHOULET

        Le jeudi 8 décembre 2022, les salles de cinéma françaises accueillirent le premier film, « documentaire d’inspiration historique » produit par le Puy du Fou, Vaincre ou Mourir, traitant de l’épopée de François-Athanase Charette de la Contrie, dit « Charette » dans son combat contre la jeune République Française.

Quelques mois plus tôt, le 24 mars 2022, quatre historiens : Florian Besson, Pauline Ducret, Guillaume Lancereau et Mathilde Larrère publient un livre à charge contre le parc : Le Puy du Faux, enquête sur un parc qui déforme l’histoire.

Force est de constater que l’accueil du public ne fut pas identique. Il est encore tôt pour se prononcer définitivement sur le film du Puy du Fou, mais on ne peut nier le nombre de commentaires positifs et enthousiastes sur les différends réseaux du parc qui diffusent la bande-annonce, quand le livre des universitaires reçoit lui un accueil très froid de la part du grand public qui déteste que l’on s’attaque à son parc favori, et cela même lorsqu’un vulgarisateur très populaire comme Nota Bene en fait la promotion sur Twitter.

Ces différents accueils sont révélateurs de la situation actuelle où est parvenu à se hisser le Puy du Fou. En effet, fort de plus de quarante ans d’existence, le parc impressionne et émerveille des générations de publics qui voient à présent en lui une institution qui défend son histoire nationale. Ainsi, l’argument selon lequel les visiteurs viennent dans un parc et non à l’université, qui était souvent brandi pour le défendre face aux critiques des historiens, n’est aujourd’hui plus valide. Car s’il était déjà discutable (le problème étant que de nombreuses personnes ne se posent tout simplement pas la question et ne vont pas chercher à faire la différence face aux nombreuses informations qu’elles reçoivent durant leur visite), il ne tient aujourd’hui plus la route face aux nombreux adorateurs du parc qui veulent croire en l’histoire qui leur est montrée.

Par ailleurs, la famille de Villiers n’a pas dû se sentir menacée par cet ouvrage, car elle n’a pas porté plainte, contrairement à ce qui a pu être fait en 2019 pour le livre de Christine Chamard, Puy du Fou : La grande trahison, ou encore durant l’affaire de l’anneau de Jeanne d’Arc.

Le débat autour de la sortie du Puy du Faux soulève une interrogation : pour quelle audience les auteurs ont-ils écrit leur livre ? La réception semble avoir été bonne au niveau universitaire, mais politiquement, le livre a quand même été critiqué, selon l’hebdomadaire Le Point, par une certaine « élite » politique et médiatique, et globalement très rejeté par le grand public.

Le livre, du fait de sa grande diffusion par ses auteurs eux-mêmes présents sur Twitter, a sans doute été écrit à destination d’un large public, mais il semblerait que ceux-ci n’étaient pas suffisamment conscients de l’état d’esprit du grand public, majoritairement supporter du Puy du Fou (bien que pour différentes raisons, et de façon qui peuvent diverger). Aussi une telle sortie dessert finalement la cause d’un tel ouvrage en éloignant le public encore plus du monde universitaire, amplifiant un climat de méfiance toujours plus important envers les universitaires, accusés de « wokisme ».

Dresser la liste exacte et détaillée des nombreuses inexactitudes historiques des différents spectacles du Puy du Fou ne semble pas être la solution qu’il faille choisir si l’on veut pouvoir s’adresser au grand public.

Le Parc paraît avoir déjà gagné la bataille idéologique depuis longtemps, et de nombreux Français lui pardonnent peut-être ses erreurs car ils y vont pour rêver. Aussi, au-delà des erreurs historiques, il faut plutôt expliquer au public le danger que représente une telle appropriation mémorielle. Il faut reprendre l’histoire de la machine idéologique qu’est le parc depuis sa création, comprendre la formidable aventure humaine que fut la création de la Cinéscénie qui mobilisa presque toute la population d’un territoire, identifier les mécanismes d’une institution qui forme depuis 1998 ses  propres cascadeurs et artistes à travers l’Académie Junior (composée de plus de 29 écoles, formant 600 élèves par ans) et qui récemment s’est étendue au milieu scolaire à travers la création d’une école maternelle et primaire en 2015, d’un collège en 2018 et d’un lycée en 2022 , où chaque matin les enfants lèvent tant le drapeau français que celui du Puy du Fou.  N’aviez-vous pas évoqué dans votre exposé une adaptation des programmes scolaires ? C’est ici qu’il faudrait l’évoquer.

Les acteurs de parc maintiennent une position ambiguë sur le fait qu’il ne cherche pas à faire de l’histoire, et ce malgré les propos du président Nicolas de Villiers qui affirmait récemment que « On est des artistes, pas des historiens, on ne fait pas le même sport » face aux critiques du Puy du Faux, alors que des employés du Puy du Fou annonçaient encore dernièrement que le parc distribuait des produits dérivés « très ludiques pour apprendre aux enfants une partie de l’histoire de France que l’on peut retrouver au Puy du Fou aujourd’hui ».

Ne faudrait-il pas arrêter de se focaliser sur la question du génocide vendéen au Puy du Fou ? S’il ne faut pas minimiser les fortes mobilisations et activismes mémorielles en Vendée même, (notamment durant la création du Puy du Fou et de la Cinéscénie) qui mérite qu’on si attarde, se focaliser sur cette question mémorielle, depuis longtemps résolue et actée aux yeux du grand public, décentre les débats de ce qui est vraiment inquiétant dans la politique du parc et donne finalement au Puy du Fou l’image d’un parc qui défend une identité régionale et une lecture conservatrice du roman national.

Bibliographie :

  • BESSON Florian, DUCRET Pauline, LANCEREAU Guillaume, LARRERE Mathilde, Le Puy-du-Faux – Enquête sur un parc qui déforme l’histoire, Groupe Margot,  Les Arènes Eds, 2022
  • CHOULET Simon, Les animations d’escrime historique dans la valorisation et la médiation du patrimoine médiéval, Le Mans université, 2022
  • MARTIN Jean-Clément et SUAUD Charles, Le Puy du Fou, en Vendée. L’histoire mise en scène, L’Harmattan, 1997

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