Le négationnisme

Notice de Quentin PERIER

Le négationnisme : Une mouvance qui transforme les personnes sceptiques en acteur de ce mouvement. 

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la question de mémoire de la guerre est un enjeu essentiel. Une partie de la population souhaite oublier cet épisode traumatique afin de passer au plus vite à autre chose et reconstruire le pays. La parole des déportés est alors peu entendue. Nombre d’entre eux rejoignent l’Etat d’Israël fondé en 1948. C’est dans ce contexte qu’apparaît la première théorie du complot concernant la véracité du génocide juif. Il est important de comprendre que la cible de cette théorie est le peuple juif puisque sont omis des discours les massacres d’autres peuples comme les Tziganes et les homosexuels. La pensée négationniste est en opposition directe avec la communauté scientifique de cette époque ; nous parlons alors de conspirationniste et de complotiste. Le négationnisme, c’est le fait de nier l’existence des camps d’exterminations de la Seconde Guerre Mondiale et de l’extermination juive. Le révisionnisme est plus nuancé, il ne nie pas l’existence de la Shoah, mais il déforme la vérité.

Le mouvement se structure avec l’apparition sur le devant de scène de Maurice Bardèche (1907-1998), un écrivain antisémite et anti-sioniste, qui va très vite devenir le père du négationnisme historique en France. Sa vision du mouvement s’axe autour d’une propagande anti-juive basée sur la théorie selon laquelle les juifs déportés n’allaient pas en Allemagne, mais étaient transférés dans un État de peuplement juif qui se nomme Israël.

Les fondements de cette propagande politique grandissante reprennent les marqueurs du discours traditionnel antisémite d’avant-guerre et en intègrent de nouveaux, dont l’histoire de l’État juif. Le rejet de l’État d’Israël permit de réintroduire l’antisémitisme dans le contexte d’après-guerre, malgré le traumatisme causé par l’extermination nazie.

Dans les années 1950, c’est Paul Rassinier (1906-1967), ancien député du SFIO, qui va prendre la suite de Maurice Bardèche dans le mouvement négationniste. Dans un premier temps, révisionniste, il ne fonde pas sa réflexion sur un rejet complèt des méthodes scientifiques. À l’inverse, il demande de prouver et vérifier l’existence des chambres à gaz par des travaux scientifiques. Ses textes vont être repérés par Bardèche qui va les publier grâce à sa maison d’édition Les sept couleurs en 1955. Au début des années 1960, Paul Rassinier publie Le Mensonge d’Ulysse avec comme co-rédacteur le néonazi Karl-Heinz Priester (1913-1960). Il sera ensuite invité à prononcer des conférences pour des groupes néonazis.

Signalons un fait étonnant sur Rassinier : tandis que le mouvement négationniste s’inscrit dans une pensée  d’extrêmedroite, lui est un partisan de lultra-gauche. Ce qui, en un sens, a permis au mouvement de toucher une plus large audience. Son influence a permis le développement du négationnisme en France, notamment par la reprise de certains de ses travaux censées réfuter la réalité du génocide des Juifs. Il est donc parmi les premiers à affirmer que les Juifs ont inventé la Shoah pour l’argent. Afin d’illustrer cette affirmation, il soutiendra à plusieurs reprises, dans Le drame des Juifs européens (1964), que l’Allemagne aurait payé à Israël des indemnités d’un montant calculé sur la base du nombre des Juifs exterminés, nombre qui selon Rassinier a été exagéré. La réalité derrière cet argument, ce trouve dans le calcul qui a été dont l’interprétation a été deformée afin de pouvoir servir l’argumentaire négationniste.

À la suite de Paul Rassinier, Robert Faurisson (1929-2018) va faire évoluer ce mouvement en lui apportant un second souffle. Faurisson est un orateur, il sait parfaitement comment manipuler le plus grand nombre. Dans un premier temps apolitique, puis de gauche, il n’en reste pas moins un réactionnaire antisémite et raciste plutôt proche des idéaux de l’extrême droite des années 1970. Faurisson pouvait être qualifié de pronazi du fait de ses regrets du procès de Nuremberg et de sa défense de l’Allemagne nazie.

Cette fascination pour cette époque, il la tient de Maurice Bardèche qui l’a longtemps inspiré. Devenu professeur de lettres, il a ainsi tenté de partager en partie ses pensées aux plus jeunes générations et se montrait très virulent envers ses étudiants étrangers. Son négationnisme va, lui-aussi, se centrer sur le fait de nier le massacre de plus de 5 millions d’êtres humains par les nazis. Cette remise en question est due, en partie, à leur origine religieuse, Faurisson étant très virulent envers la religion juive.

« les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière dont les principaux bénéficiaires sont l’État d’Israël et le sionisme international et dont les principales victimes sont le peuple allemand, mais non pas ces dirigeants et le peuple palestinien tout entier ».

Robert FAURISSON (argument le plus diffusé)

Parmi les détracteurs de Faurisson nous pouvons évoquer l’écrivaine Ariane Chemin, grand reporter au Monde qui est l’une des dernières personnes à avoir mené Faurisson au tribunal. Un procès spécial puisque, dans un sens, c’était à la fois un procès pour diffamation de l’auteure envers le négationniste, mais aussi un procès contre Faurisson pour son cheminement de pensée.

L’origine du procès débute en 2007 avec Robert Badinter, ancien ministre de la Justice, qui s’exprime en réponse à Faurisson : « Pour moi jusqu’à la fin de mes jours, tant que j’aurai un souffle Monsieur Faurisson, vous ne serez jamais, vous et vos pareils, que des faussaires de l’Histoire ». Ces mots ont été en partie repris par Chemin qui a ajouté les termes de « menteurprofessionnel » et « falsificateur » lui valant un procès intenté par l’intéressé. Le tribunal a rendu son jugement et Faurisson a perdu son procès contre la journaliste. Cette défaite était prévisible. C’est cependant l’unique fois qu’il perdit un procès du fait de la vérité des charges dont on l’accusait, et non plus grâce à la « bonne foi » de l’auteur des propos diffamatoires.

Ainsi le négationnisme est un courant de pensée apparu après la Seconde Guerre Mondiale.Son développement s’est fait au travers de figures plus anciennes comme Bardèche et Faurisson, mais aussi des plus récentes comme Alain Soral (1958) ou bien Jean-Marie Le Pen. Même si de nos jours ces théories s’estompent, mis à part chez certains fondamentalistes musulmans, il n’en reste pas moins qu’au cours des années 1960 et 1970 leur pensée était assez répandue. Elle fonctionnait surtout grâce à l’ignorance de la population sur certains points en jouant avec les incertitudes, mêlant à la fois faits scientifiques et affabulations. La mentalité de cette période étant encore troublée, l’esprit critique d’une partie de la population était séduit par la théorie du complot.

Quentin PERIER (2023)

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