Orange, le mémorial anti-Révolutionnaire ?

Notice d’Emma LALOUZE

La statue en l’honneur des victimes de la Terreur qui divise la population orangeoise.

La ville d’Orange connaît, en juillet 1794, un épisode « sanglant » de son histoire. Alors que la France entière est en proie à la Terreur, période notoire de la Révolution française, le Vaucluse n’y est pas épargné. Dès juin 1794 l’ex-chapelle saint Louis est réquisitionnée pour être transformée en tribunal où sont jugés toute personne considérée comme « ennemie de la Révolution ». C’est ainsi que le tribunal condamne 332 Orangeois à mort, dont 32 religieuses accusées « d’avoir voulu détruire la République par le fanatisme et la superstition » mais ces dernières restèrent fidèles aux engagements de leurs Vœux jusqu’à la fin de leur vie. Elles sont guillotinées sur la place du théâtre municipal entre le 6 juillet et le 26 juillet 1794, aux côtés de prêtres, religieux, paysans et autres villageois de la ville et des alentours. Bien que le mémorial soit en l’honneur de toutes les victimes de la Terreur à Orange, c’est l’image de ces religieuses, pieuses jusqu’à l’échafaud, qui est retenue. Ces dernières, symbole martyr d’Orange, ont été béatifiées par l’Église catholique en 1925.

Le projet du mémorial des victimes de la Terreur vient d’une volonté de rappeler ce tragique événement historique de la ville d’Orange ainsi que créer un nouveau lieu de souvenir. Le projet est porté par la Ville d’Orange et son maire, Jacques Bompard, homme politique français d’extrême-droite, membre fondateur du Front National et de la Ligue du Sud. Ce n’est d’ailleurs pas le premier monument en l’honneur de ces victimes qui est érigé, puisqu’en 1825 un monument expiatoire a été construit par l’architecte Auguste Caristie, mais celui-ci a été endommagé lors de la révolution de 1830 puis totalement détruit en 1848 pour laisser place au théâtre municipal construit dès 1852.

L’artiste choisi pour l’œuvre est Boris Lejeune, et le 9 juillet 2019, à la suite d’une procession allant du cloître où ont été emprisonnées les religieuses, à la chapelle saint Louis où elles ont été jugées puis au théâtre municipal, lieu de l’exécution, est dévoilée une statue en bronze de 4m90, à l’endroit exact où se trouvait la guillotine en 1794. La sculpture représente deux religieuses qui sont au bord d’une porte, représentation allégorique de la guillotine, au-dessus de laquelle un ange les attend. La statue se trouve sur un socle où sont écrit les noms des 332 victimes. Et parmi les personnes présentes lors de l’inauguration, qui a fait l’œuvre d’une forte médiatisation grâce à des affiches publicitaires à divers endroits dans la ville, il y avait le maire, des descendants des victimes et l’archevêque d’Avignon qui, suite à la procession, a célébré une Grande-Messe. 

Dès l’annonce du projet de mémorial, les critiques fusent de la part des opposants politiques de Jacques Bompard. En mars 2019, Max Ferri, ancien élu adjoint à la culture d’Orange et responsable du parti socialiste de la ville, lance une pétition contre l’installation de l’œuvre en mettant en avant la connotation religieuse évidente de la statue dans un lieu public qui se doit d’être laïc et le message sous-jacent de l’œuvre, qui condamne la Révolution française. Cet argument est également partagé par Gilles Laroyenne, membre de l’Union des Démocrates et Indépendants.

Ce mémorial est, pour lui, un symbole anti-révolutionnaire. Le dernier point controversé de ce mémorial est sur le financement de l’œuvre. En effet Fabienne Haloui, conseillère municipale et membre du Parti Communiste Français, met un point d’honneur à rappeler qu’il existe déjà un lieu de commémoration pour les victimes de la Terreur, qui se trouve être la chapelle du Gabet, édifiée en 1832, au-dessus de la fosse où ont été enterrés la plupart des exécutés. Une plaque commémorative a d’ailleurs été placée à cet endroit. De ce fait, ses propos annoncent qu’un autre monument est inutile, et l’argent des contribuables orangeois est gaspillé dans un projet non-nécessaire hormis le fait de servir les intérêts du maire, qui se trouvait en campagne électorale à ce moment. Cette dernière a initié un rassemblement le 8 juillet 2019, la veille de l’inauguration, pour protester envers le projet, en appelant tous les Orangeoises et Orangeois à rejoindre l’événement.

En réponse à ces attaques, et quelques jours avant l’inauguration du Mémorial, Jacques Bompard rédige et publie un article sur le site internet de la Ville d’Orange. Cet article, publié sous l’onglet « réinformation » tente de rappeler l’objectif initial de la création de l’œuvre avec le slogan « Réparer une injustice n’est pas un désordre » tout en répétant que la Ville s’en tient aux faits historiques seulement et n’essaie pas de discréditer la Révolution française ni même la remettre en cause. Bompard n’hésite d’ailleurs pas à comparer ce mémorial aux monuments aux morts de la Grande Guerre et annoncer que ces derniers, suivant la logique des opposants, devraient également être enlevés puisqu’ils remettent en cause la IIIe République qui a déclaré la guerre à l’Allemagne.

Il est également expliqué que le mémorial est dédié aux 332 victimes qui représentent une société dans sa diversité et non pas seulement les religieuses. Et pour terminer, le point financier est abordé, le maire d’Orange explique que ce mémorial est financé par le « 1 % artistique » donc que les Orangeois n’ont pas eu à payer pour l’œuvre.

Le jour de l’inauguration, des forces de l’ordre ont été déployées pour prévenir un potentiel débordement de la part des opposants, qui au final ne sont pas intervenus. Depuis, le Mémorial de la Terreur trône sur la place du théâtre municipal, faisant maintenant partie du paysage urbain d’Orange. Néanmoins le débat reste sous-jacent dans la sphère politique. 

Emma LALOUZE (2022)

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